La Dempster Highway, le voyage au bout du monde !
Dernière mise à jour : 05/05/2026
À moins que vous vous intéressiez à des coins isolés dans des secteurs où personne ne passe ou presque, je dirais qu’il y a de fortes chances que vous n’ayez jamais entendu parler de la Dempster Highway. Je pense quand même avoir une très bonne culture géographique dans son ensemble (je suis aussi géographe de formation, ça aide !) et, malgré tout, je n’avais jamais entendu parler de ce lieu avant d’envisager un voyage au fin fond du Yukon, au Canada. Voilà la troisième fois que nous revenons au Canada, après un mois sur l’île de Terre-Neuve et un court passage à Banff et Jasper.
Sans parler de la classique question « Mais, c’est où le Yukon ? », nombreuses sont les personnes qui nous ont dit : pourquoi le Yukon ? J’ai envie de répondre « car personne n’y va », tout simplement… Je rigole, mais il y a quand même un peu de ça. Ça pourrait paraître paradoxal un peu quand on tient un blog de voyage, mais j’ai vraiment de moins en moins envie de mettre les pieds dans les secteurs touristiques. Je ne ressens plus du tout de motivation à aller visiter des lieux ultra développés, blindés de touristes comme on peut le voir sur Instagram. Tout le monde va à Bali, aux Maldives, en Islande, en Laponie (et j’en passe) et cela ne m’intéresse (presque) plus. Chacun son truc, et je respecte les choix de chacun, mais personnellement, j’ai envie et besoin de découvrir des lieux isolés de tout, des endroits où il n’y a pas 500 personnes par jour qui passent pour prendre une photo.
Avec Mélanie et après quelques recherches (et sachant que nous sommes assez limités depuis la Guadeloupe), nous nous sommes décidés à partir découvrir le territoire du Yukon, un territoire du Canada, au nord-ouest, à la frontière de l’Alaska. L’Alaska m’a toujours attiré, et la preuve nous y avons finalement passé la moitié de notre séjour. Mais le Yukon me faisait plus de l’œil, en particulier avec l’expérience de cette Dempster Highway, une route de gravier de 737 km qui relie (en gros) la ville de Dawson City à celle d’Inuvik, puis (encore après 150 km de piste), celle de Tuktoyaktuk, la dernière ville accessible au bout de la route, au bord de l’Océan Arctique.
Pour moi, c’est la définition même d’une aventure en soi, quelque chose qui me donne envie par-dessus tout : découvrir une région isolée, sans personne, avec d’immenses espaces à perte de vue, le tout sans touriste ou presque… C’est actuellement ma vision du bonheur et de mes vacances en tout cas. Je vais essayer à travers cet article et des images de vous raconter cette expérience, et de tenter de vous donner envie d’y aller un jour, bien que cela ne sera pas évident de retranscrire ça avec des mots ! C’est d’ailleurs plus que difficile de retranscrire ce type d’aventure sur papier…
La préparation
Je ne vais pas vous raconter tout notre trip ici, car je vais écrire un article sur quoi faire au Yukon, les immanquables que l’on aura eu l’occasion de voir durant notre séjour, mais en quelques mots, nous avons récupéré notre camping-car à Whitehorse puis le début du trip nécessite de rouler depuis Whitehorse jusqu’à la ville de Dawson City, à environ 550 km au nord-ouest, sur une route qui se fait plutôt bien, goudronnée, sans trop de soucis, hormis quelques travaux et des feux présents dans les alentours mais en cours d’extinction.
Nous arrivons en fin d’après-midi et la passons à Dawson City pour faire le plein du camping-car car nous avons fait le plein de nourriture à Whitehorse, ce que je conseille, par exemple dans un Walmart, car c’est bien moins cher et vous aurez bien plus de choix. Nous passons à l’Office du tourisme pour prendre quelques infos sur la route, les conditions, la durée, ce qu’il y a à faire/voir, les particularités des lieux, etc. Nous empruntons (au cas où) une bombe à ours (20 $ de consigne rendue après) et filons nous coucher. Nous partirons en début d’après-midi en direction du départ de la Dempster Highway, à environ 40 km à l’est de Dawson, (par là où nous sommes arrivés).


Départ de la Dempster Highway au Tombstone Park (70 km)
Un beau pont en bois au-dessus de la rivière marque l’entrée de la fameuse Dempster. Un repas, une petite photo souvenir et nous voilà partis. Un tout petit instant de bitume après le pont et nous voilà enfin plongés dans la réalité de ce qui nous attend pour une semaine (Aller-retour) : une piste poussiéreuse, plus ou moins bonne dont je vous parlerai après. L’avis est certes un peu biaisé quand j’écris ces quelques lignes dans le sens où nous avons déjà fait l’aller-retour de la Dempster Highway, mais la portion de 70 km jusqu’au parc de Tombstone se fait sans trop de soucis. La route est relativement bonne lors de notre passage, et on roule sans difficulté à 70 km/h. Autour de nous ? Uniquement des paysages de forêts de pins et ce que je pense être des bouleaux et quelques autres feuillus. Les premiers reliefs du parc s’aperçoivent après une petite demi-heure de route, au loin. Les paysages sont vraiment superbes et les montagnes avoisinantes apportent clairement un charme certain par rapport au début plutôt plat.
D’ailleurs, je m’étais brièvement renseigné avant de partir, mais hormis la traversée de ce parc et le passage entre le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest (deux régions frontalières du Canada – dont je vous parlerai plus tard), la Dempster est quand même « assez vallonnée » dans son ensemble bien entendu. À noter aussi que la piste est généralement bien large et surélevée par rapport aux environs, ce qui rassure d’une certaine manière. Nous profitons des paysages montagneux du coin avec plaisir et faisons une pause en face du Tombstone Park Campground, lieu où il est possible de rester pour se poser quelques jours et randonner dans le coin. Par contre, il faut savoir que la majorité des randonnées sont quand même assez longues, voire très longues, comme le fameux « Grizzly Trail » qui fait le tour du parc sur 2 ou 3 jours. Nous décidons de ne pas nous arrêter à l’aller, et de randonner au retour, sous les conseils de l’Office de Tourisme de Dawson City.
Peu de temps après avoir passé la sortie du parc, nous avons eu la chance de tomber nez à nez avec un grizzly brun (selon nous et la documentation que l’on a) qui a traversé nonchalamment la route devant nous. Un court, mais beau moment à vivre ! Il n’y a rien à dire, on se sent vraiment chanceux quand on vit la magie de ces instants-là, en comparaison à aller voir un ours dans un zoo !



Tombstone Park à Eagle Plains (300 km)
Nous continuons la route, toujours avec de belles vues sur les montagnes ! La route alterne entre des passages toujours aussi bien roulants (60/70 km/h) et des portions bien plus difficiles, où il est difficile de rouler à plus de 40-50 km/h, avec de beaux trous et des passages de gros graviers, qui peuvent faire très vite peur si ça venait à glisser. Nous passons notre première nuit sur un petit spot en bord de route. Il n’y a littéralement personne ici. Nous avons roulé pendant 4 heures depuis notre départ en début d’après-midi. Le sentiment de se poser ici, en plein milieu de rien, est complètement fou. On a beau regarder autour, il n’y a rien à l’exception de pins à perte de vue, des montagnes plus ou moins érodées par le temps et les éléments, et cette piste en gravier qui taille la route au beau milieu de cette nature si sauvage. Qu’est-ce qu’on se sent bien ici.
C’est aussi l’avantage du camping-car que l’on découvre pour la première fois depuis que l’on voyage : pouvoir se poser n’importe où, sans se prendre la tête et surtout dans une zone aussi inhabitée que celle-ci ! On prend doucement nos marques avec le camping-car que l’on a loué, bien que l’on se rende très vite compte que l’eau (au sens pour la douche – vaisselle) sera notre plus gros « souci ». En effet, le camping-car a un réservoir de 160 L et autant être clair, il est impossible de se doucher tous les 5 et de faire la vaisselle tous les jours avec « si peu ». On s’adapte donc et passe en mode économie d’eau. On remplit très vite les bidons d’eau de 4L achetés au Walmart dans les rivières que l’on croise, ce qui nous permet de l’utiliser pour faire la vaisselle et la chauffer (au propane) pour se doucher. De cette manière, plus de souci à l’horizon. Mais c’est vrai que j’aurais eu tendance à croire que l’autonomie d’un camping-car pour 6 personnes serait bien plus grande. En clair, si l’on cuisine et devons faire la vaisselle 3 fois par jour et envisager 5 douches par jour, c’est tout simplement impossible… Ce qui impliquerait de devoir aller payer un camping tous les soirs, et engendrerait donc un surcoût de 30 $ minimum pour un emplacement simple, 40 à 50 $ pour un emplacement avec électricité/eau selon les lieux. Ce qui serait franchement dommage surtout quand on connaît déjà le coût de la location du camping-car. Bref.




Nous repartons le lendemain avec un temps superbe, toujours dans les reliefs après le parc de Tombstone. Le beau ciel amène de belles teintes aux lieux et c’est toujours un plaisir de rouler sur cette piste. Nous avons eu quelques gouttes par-ci par-là ce qui permet de limiter quand même la poussière. C’est notamment bien quand nous croisons d’autres voitures mais surtout des poids lourds. À ce sujet, Mélanie en avait croisé un la veille en plein milieu de la route, à toute allure, qui n’avait pas trop envie de ralentir, ça fait quand même assez peur. Mais hormis celui-là, nous n’avons pas eu trop de soucis avec les poids lourds. Nous ralentissons assez bien généralement et nous nous mettons un peu plus sur le côté.
Nous enchaînons les beaux paysages et passons des reliefs aux formes si caractéristiques, le tout avec de belles lumières. Nous quittons de plus en plus le relief au fur et à mesure que la route avance. Nous nous arrêtons pour faire le plein d’eau en bord de rivière et pour que tout le monde se dégourdisse les jambes. Les lieux en bords de rivière sont sublimes et les enfants passent un bon moment à jeter des cailloux dans la rivière !
Une dernière portion de route assez longue qui monte pendant un long moment nous amène sur le plateau, au niveau du point de vue de « Ogilvie Ridge ». Il s’agit d’un très beau point de vue sur la vallée alentour, avec des panneaux explicatifs sur la faune, la flore, le pergélisol, la géologie du coin. C’est très intéressant et nous passerons 2 petites heures ici, à nous reposer, nous préparer un bon repas, et prendre quelques photos des beaux environs.


Eagle Plains
Environ 110 km plus loin (1h30 de route environ), et nous arrivons à un nouveau signe de civilisation, la zone de Eagle Plains. C’est le moment de prendre une pause bien méritée. Sur place, il n’y a pas grand-chose, mais on note quand même un hôtel, un bar/restaurant et une pompe à essence (important hein !). On prend un bon chocolat chaud et une tarte maison pour se réchauffer !
Passage du cercle Arctique
Nous décidons de poursuivre la route, même s’il se fait tard, en direction du passage du Cercle Arctique, juste pour marquer le coup. Les paysages du soir avec la belle lumière (il est aux environs de 20-21 h quand nous roulons) sont au top, plus vallonnés, moins marqués, mais tout aussi beaux. Nous nous arrêtons au niveau du panneau du passage du cercle polaire arctique. Un point de vue sympa sur les environs et surtout une petite photo souvenir « pour la forme ». On a le droit à quelques explications aussi en passant. Nous filons encore un peu pour avancer sur la route, même s’il se fait tard. La partie jusqu’à la frontière du Yukon/Territoire du Nord-Ouest est peut-être la moins intéressante depuis le début, mais peut-être parce qu’on se lasse aussi à force !


Le passage Yukon – Territoire du Nord-Ouest
Nous arrivons encore après quelque temps de route à cette fameuse frontière où nous quittons le territoire du Yukon où nous sommes depuis le début du road trip en camping-car et franchissons la ligne imaginaire du passage au Territoire-du-Nord-Ouest. L’arrivée est complètement folle tellement le temps est pourri. De la pluie, du vent à décorner des bœufs et un brouillard où l’on ne voit pas à 20 m. C’est presque apocalyptique comme passage ! Quand nous y repasserons au retour, le temps sera bien plus clément et l’arrivée au col et les environs sont sublimes. Il y a de superbes points de vue sur les plaines environnantes et les jeux de lumière sont tout simplement éblouissants. Nous descendons le col en direction des Territoires-du-Nord-Ouest en enchaînant les beaux paysages. Par endroit, on passe très proche des montagnes qui ont été entaillées pour faire passer la piste. On retrouve pas mal de dénivelé et par temps de pluie comme celui où nous sommes, il faut faire bien gaffe car ça peut vite glisser sur cette piste boueuse par endroit.
Nous continuons pour nous poser non loin du Midway Lake pour la seconde nuit sur la Dempster Highway, une (très) longue journée de route quand même.



Le bac de Fort McPherson (Rivière Peel)
Après une belle nuit fraîche posée au calme au fond d’un chemin, nous reprenons la route au petit matin pour faire les 30 derniers kilomètres qui nous séparent du premier « ferry » pour passer au-dessus de la rivière Peel. Rien de bien exceptionnel en soi à l’arrivée, mais les vues sur les berges de cette rivière sont sympas. Nous attendons le ferry (CF Abraham Francis Ferry) qui est de l’autre côté à notre arrivée. Fait amusant, il s’agit en réalité plus d’une barge tirée par un câble qui passe d’un côté à l’autre de chaque rive. Cinq petites minutes de traversée et nous voilà passés de l’autre côté. Quelques kilomètres après la sortie du bateau, nous nous arrêterons au retour (pas à l’aller du coup !) au village de Fort MacPherson, qui semble bien perdu au milieu de nulle part. Nous y passons une petite heure, malgré un froid bien sec qui nous glace littéralement sur place. À noter qu’il y a une station essence qui était ouverte lors de notre passage, un supermarché, une église, un terrain de jeu pour les enfants…
Le bac du delta du fleuve Mackenzie
Une heure de route après le premier bac nous permet d’arriver au niveau du fameux fleuve Mackenzie. On aperçoit au loin ses impressionnantes falaises au niveau des berges du cours d’eau. Je ne sais pas vraiment pourquoi ou d’où je connais le fleuve, mais j’ai l’impression d’arriver en « territoire connu ». Ce fleuve est mythique d’une certaine manière. Après quelques recherches sur le net (oui on capte Internet avec notre carte SIM locale achetée à certains endroits « habités »), on apprend que le fleuve en question prend sa source au niveau du Grand Lac des Esclaves et s’écoule en direction de la Mer de Beaufort, et donc dans l’Océan Arctique. C’est le plus long fleuve du Canada (1 738 km), navigable seulement 5 mois par an (le reste du temps, il est gelé) et le deuxième plus grand delta arctique au monde après celui de la Lena, en Russie.
L’arrivée sur place est bien plus grandiose à mes yeux. Je sors prendre l’air au bord du bac, sur ce bout de terre qui me donne une impression de « bout du monde ». Il fait vraiment froid, alors que nous sommes pendant les mois les plus chauds, et je n’ose pas imaginer la vie ici l’hiver ! Au bord du fleuve, on aperçoit de l’autre côté le village de Tsiigehtchic, qui semble posé là. Quelle vie de fou cela doit être ici ! Le bac fait une sorte de triangle pour récupérer les gens du village qui veulent traverser la rivière à ce niveau et traverse ensuite le fleuve Mackenzie pour se rendre de l’autre côté. À noter qu’il s’agit bien ici d’un « vrai bateau », c’est-à-dire non tiré par un câble, haha.



Route de Tsiigehtchic à Inuvik (127 km)
Deux bonnes heures de route nous séparent du bac à la ville d’Inuvik, qui elle aussi semble être perdue au milieu de rien du tout, bien qu’elle accueille quand même environ 3 500 âmes selon les statistiques canadiennes. La route qui y mène présente un intérêt assez moindre à ce niveau selon moi, avec encore moins de relief, mais toujours des arbres assez présents. Nous l’avons fait « de nuit » au retour, à 23 h, avec un beau soleil rasant, c’était pour autant très sympa.
Passage à Inuvik
Après une journée de route complète, cela fait presque du bien de voir « de la civilisation » bien que la ville ne fasse pas du tout rêver au premier abord à notre arrivée. On retrouve le béton pour la première fois depuis notre départ, à environ 10 km d’Inuvik, en gros depuis l’aéroport de la ville, ça fait bizarre. La ville me fait penser à une vieille ville de l’URSS (haha), avec des bâtiments carrés, une architecture très étrange et pas de beauté vraiment apparente en tout cas. En clair, cela ne nous donne pas vraiment envie de traîner par ici ! On se balade rapidement sur la rue principale de la ville, sans grand intérêt et surtout avec le froid qu’il y fait. Pour information, la température moyenne annuelle de la ville est de -9°, ça glace le sang, non ? Afin de se refaire une santé, nous décidons de dormir dans un camping en ville (Happy Valley Campground – 35 $ la nuit) pour prendre une vraie douche, faire le plein du camping-car et « dumper » les eaux noires/grises. On en profite pour faire aussi le plein d’essence qui nous coûte un bras ici (2,45 $ le litre), bien plus cher qu’à Dawson, mais pas le choix pour le coup. À noter qu’il y a un grand centre commercial, un « mall » on pourrait presque dire, sur la rue principale, avec tout le nécessaire et même une pharmacie et un Pizza Hut !
La douche fait du bien quand même (on s’habille vite après hein !), et nous mangerons le soir au restaurant du MacKenzie Hotel, en ville. C’était très bien pour le coup.
La portion Inuvik – Tuktoyaktuk (153 km)
Nous quittons la ville le lendemain pour la dernière portion de route avant de pouvoir toucher l’Océan Arctique. Le changement de décor est saisissant, car il n’y a quasiment plus d’arbres sur cette portion de piste. D’ailleurs, pour la petite anecdote, la veille j’ai discuté avec des scientifiques qui m’expliquaient qu’ils venaient travailler à Inuvik chaque année pour étudier le pergélisol. Il s’agit d’un type de sol gelé à l’année et la quasi-totalité de la ville et même de la région est constituée de ce sol. En clair, on roule sur un petit mètre ou deux de terre au-dessus d’un sol gelé. Du fait du climat et de la température ambiante, le sol est entièrement gelé en profondeur et les constructions doivent s’adapter, notamment en construisant sur pilotis pour éviter les déformations des bâtis. Les scientifiques m’expliquent d’ailleurs que depuis le cercle arctique, et même plus bas encore, ce type de sol est quasi-présent partout dans la région et que l’on peut « estimer » la présence plus ou moins épaisse de pergélisol, en regardant la présence d’arbres. Plus il y a de grands arbres, plus cela veut dire que l’épaisseur de terre au-dessus du sol gelé est importante.
Le relief a disparu entièrement ici sur cette portion de piste et les paysages sont très différents de ce que l’on a pu voir depuis le début. On est dans la plaine du delta du Mackenzie et on peut observer une végétation rase, quelques arbustes très rares encore, mais essentiellement de l’herbe et des lacs à perte de vue. C’est vraiment beau, cela change pas mal, même si cela devient un peu monotone après 3 heures de route. Ou alors, c’est l’appel de l’Océan Arctique qui se fait sentir ! La route est d’ailleurs moins bonne globalement que le reste de la Dempster avec pas mal de trous et un terrain moins roulant. Attention donc à la route ici ! Le long de la route, on croise pas mal de gens arrêtés pour ramasser des baies qui se trouvent partout en cette saison. J’avoue que l’on est toujours un peu frileux de ramasser des baies quand on n’est pas sûr (je pense toujours au film « Into the Wild ») ! On a aussi vu pas mal de motoneiges comme posées le long de la route. Je pense qu’elles doivent être entreposées ici durant l’été mais que ces secteurs doivent être enneigés durant l’hiver et donc praticables de la sorte !
Fait amusant, c’est sur cette portion de route que l’on croisera le plus de faune sauvage depuis le début du trip. On aura l’occasion de voir quelques oiseaux, des renards, des sortes de poules, des écureuils ou des marmottes (qui sait ?).




Découverte de Tuktoyaktuk
Après trois heures de piste depuis Inuvik, voici le bout du bout de la route, la ville de « Tuktoyaktuk », ça ferait des points au Scrabble ça, aussi connue sous le nom de « Tuk ». La première impression est très étrange. On aperçoit au loin de grands bâtiments, des vieilles cuves, une décharge entière sur le côté de la route à l’arrivée, pas mal de détritus un peu partout. On dirait une vieille ville industrielle, à moitié à l’abandon pour le coup. Clairement, il n’y a pas d’efforts pour rendre la ville attrayante aux quelques touristes venus braver la Dempster et les éléments pour venir toucher l’Océan Arctique ici ! En même temps, j’imagine bien qu’ils ont certainement d’autres choses à gérer en priorité que la lubie de quelques passionnés de géographie comme nous !
L’entrée dans le « centre-ville » laisse une impression mitigée. On croise bien quelques âmes par-ci par-là, mais l’impression de ville fantôme plane quand même un peu… On a quand même le droit à quelques sourires des enfants du coin ! Nous poursuivons les quelques derniers kilomètres pour nous garer devant le fameux panneau « Arctic Ocean ». Nous y voilà, enfin, au bout de près de trois jours de piste, devant l’Océan Arctique. Le bout du bout de la route ! On est quand même très fiers de ce sentiment d’avoir réussi à faire cette piste mythique de plus de 800 km (aller). Même s’il ne fait pas chaud du tout au moment de notre arrivée (le temps est couvert), nous nous baladons à la pointe au bord de l’eau où nous touchons l’eau bien évidemment. Je faisais le mariole en disant que je m’y baignerai, autant dire que j’ai juste mis la main ! Tout en sachant que nous sommes tous plus ou moins malades après avoir chopé une bonne crève !




Nous décidons de nous rendre à l’Office du Tourisme à l’entrée de la ville, notamment pour récupérer le numéro de Eilein, qui est une mamie « connue » de la ville qui prépare des plats locaux pour les personnes de passage. Nous avions même échangé brièvement ensemble sur le Groupe Facebook (anglais) dédié à la Dempster Highway. Nous allons directement chez elle et faisons la rencontre de cette dame, au tempérament bien trempé, franche et honnête. Ça me va ! Nous faisons connaissance et nous lui demandons ce qu’elle peut préparer à manger ! Elle nous fait le tour des plats. Nous allons chercher Pascale qui était restée dans le camping-car et commençons le repas avec elle, directement dans sa cuisine. Un superbe moment d’échange, de partage, avec une habitante, quelque chose de rare à mes yeux, en partie une des raisons pour lesquelles je voyage aussi. On goûtera une superbe soupe bien brûlante de légumes et caribou, du bélouga, du poisson frit et séché (magique !) et une sorte de chili épicé avec du caribou aussi. Franchement, je suis aux anges. Comptez 50 $ par personne pour le repas pour tout goûter, avec des petits pains maison et du café/thé !
Nous passons la nuit à Tuk à l’entrée de la ville, au niveau de la « Day Area », une sorte d’aire de repos, parfaite pour nous pour passer la nuit, face à un lac et à un Pingo, forme si particulière de la région. Il s’agit d’un dôme de glace recouvert en partie de terre et d’herbes (en apparence de loin en tout cas). Selon mes recherches, on les trouve principalement dans les régions arctiques et le processus viendrait essentiellement de la dilatation de l’eau lorsqu’elle gèle et sur les cycles de gel/dégel dans ces régions.
Je prends un petit moment, le soir au coucher du soleil, pour faire une session photo du coin, un régal pour les yeux, avec cette belle lumière du soir. Nous passerons la matinée le lendemain à nous balader dans la ville. Le beau temps est là et nous profitons des rayons du soleil au petit matin pour aller découvrir le cimetière, le bord de mer et les ruelles du coin. Un dernier repas dans ce coin du bout du monde et nous repartons pour le chemin du retour.
Je ne vais pas vous raconter notre chemin du retour car cela n’aura que peu d’intérêt. Je vous en ai parlé ponctuellement au cours de ce récit. Il n’y a rien eu de spécial à noter hormis la fierté d’avoir réussi à faire l’aller-retour sans avoir aucun accident, aucun éclat sur la voiture, aucun pneu crevé. Par rapport à ce que l’on avait entendu comme récit, on s’en est plutôt bien sorti !



Randonnée au Tombstone Park – sur le chemin retour
Je voulais quand même vous parler brièvement du Parc de Tombstone. Il se situe à seulement une heure de route depuis l’entrée de la Dempster et nous avions fait le choix de ne pas nous y arrêter à l’aller. Sur le chemin du retour, et sur les conseils de l’Office du Tourisme de Dawson City (allez-y avant de partir), nous décidons de faire une pause sur le chemin du retour pour faire la randonnée de « Goldenside Trail ». C’est d’après les cartes et la dame de l’Office, une des seules randonnées « plutôt courtes » que l’on pouvait facilement faire avec des enfants (4 et 8 ans – pour info).
Nous commençons la randonnée en fin d’après-midi, et partons sur ce beau chemin à travers de petits arbustes ! Autant le dire, il ne fait clairement pas chaud du tout et un petit vent glacial nous gèle les oreilles et le nez ! Le sentier est vraiment sympa, bien aménagé et serpente sur le flanc de la montagne. On croise quelques Québécois habillés comme si nous étions en été (haha !) mais sinon, on est clairement tranquille. Au bout d’une heure et demie de marche, nous arrivons en haut, au sommet. Les enfants sont au top et même Téo, du haut de ses 4 ans, marche sans rien dire, franchement, je suis assez épaté, car nous ne marchions pas beaucoup en ce moment en Guadeloupe, et je n’aurais pas parié du tout qu’il ne râlerait pas…
Tout au long de la montée, les vues sur la vallée menant dans le Parc de Tombstone sont superbes, époustouflantes, même si nous n’avons pas un temps parfait. En haut, les panoramas sur les environs, les autres sommets et vallées sont splendides et tout le monde en prend plein les yeux. Nous sommes seuls au monde, en haut d’un sommet, isolés dans une région perdue qui ne voit clairement pas grand monde passer, et nous sommes les plus heureux. Malgré tout, le froid nous ramène vite à la raison et nous redescendons en une heure au parking, sans trop de soucis.
Une superbe randonnée à faire si vous cherchez à en prendre plein la vue et à vous dégourdir les jambes après toutes ces heures de piste !




La Dempster Highway, est-ce que ça vaut le coup alors ?
En préparant ce road trip sur la Dempster Highway, je m’étais imaginé pas mal de choses et regardé quelques images (mais pas trop quand même). Pour autant, il s’agit vraiment d’une expérience magique à mes yeux. C’est vraiment un road trip mythique, près de 1 700 km de piste aller-retour, c’est quand même totalement fou quand on y pense, non ? Et en contrepartie, ce qui m’a le plus motivé à y aller, c’est le fait que cela soit peu connu et que globalement, cela n’intéresse pas grand monde pour le coup. Et c’est peut-être tant mieux comme ça, non ? Que cela reste tel quel ou presque et que cela ne devienne pas une usine à touristes balancée toutes les 30 secondes sur Instagram. Bref.
Mais pour y revenir, j’aurais pensé que les 800 km de piste auraient été parfois monotones, mais pour le coup, j’ai été agréablement surpris, car les paysages sont quand même assez changeants. La première partie nous met en appétit puis arrivent les beaux reliefs du Parc de Tombstone, et des reliefs plus émoussés par la suite, les traversées de deux rivières, dont le célèbre Mackenzie, le passage chaotique de la frontière entre le Yukon et les Territoires-du-Nord-Ouest, puis le passage à Inuvik et enfin la partie plus plane et moins boisée entre Inuvik et Tuk !
Il faut aussi dire que nous étions trois personnes à conduire et que cela facilite quand même bien le trajet. Faire ce trajet seul doit être bien plus éprouvant, car mine de rien, conduire sur la piste demande d’être concentré tout le temps pour éviter les trous, les dévers, ralentir pour laisser passer un camion, faire attention dans les descentes, etc. Côté température, puisque je n’en ai pas encore trop parlé, nous étions donc début août et il ne faisait jamais plus de 12°, généralement entre 7 et 10°, nuit comme jour. Attention donc à prévoir des vêtements adaptés !

Ensuite, concernant la route, je pense que le fait de l’avoir faite en camping-car était au final une très bonne idée. Nous avons cependant vu pas mal de gens avec des voitures normales (donc ça se fait) et croyez-le ou non, pas mal de gens à vélo, seuls ou à deux. Alors là, je dis « respect » car la route est loin d’être plate, c’est très poussiéreux, et même s’il n’y a pas beaucoup de circulation non plus, on doit bouffer littéralement de la poussière à chaque fois que l’on croise une voiture et un poids-lourd, qui sont quand même présents le long de la route. L’effort physique et mental doit être costaud et l’organisation aussi ! Donc, bravo !
Côté organisation, le camping-car nous a permis de nous arrêter où nous souhaitions et d’être autonomes, c’était top. Vous avez des terrains de camping le long de la route qui sont finalement « assez présents » donc si vous souhaitez avoir le confort de la douche par exemple, pas d’inquiétude. Pour les autres, vous trouverez de très nombreux endroits pour vous arrêter le long de la piste.
Finalement, l’impression d’avoir parcouru cette piste est extraordinaire. On a un sentiment de liberté immense que je pense n’avoir jamais ressenti nulle part ailleurs depuis que je voyage. On est littéralement au milieu de rien, quasiment toujours seuls, sans internet, sans les pollutions habituelles du monde occidental au final. Cela nous coupe vraiment de tout pendant un très long moment et finalement, c’est un sevrage qui est le bienvenu. Seule déception si l’on pouvait en avoir une, c’est de ne pas avoir trop croisé de faune sauvage. On aurait pensé pouvoir croiser plus d’animaux au vu des immensités sauvages que l’on traverse. Est-ce dû aux nombreuses zones calcinées que l’on a pu croiser tout le long de la route ? Je ne sais pas, mais toujours est-il que ça faisait un peu mal au cœur de voir ça, même si l’on voit bien que la nature reprend très vite le dessus de toute manière !
En tout cas, si vous aimez le calme, le vide, les immensités à perte de vue, la nature sauvage et le défi de parcourir plus de 1 800 km de piste (A-R), alors la Dempster va vous marquer !
Je vous dis à bientôt pour un nouvel article sur le Yukon. D’ici là, vous pouvez aller lire l’article de Valérie sur les immanquables de Montréal.
À bientôt,
Écrit par Sylvain PONS
A plusieurs reprises et sur des territoires différents (Rocheuses Canadiennes, île de Terre-Neuve, Yukon), pendant plusieurs mois, j’ai eu l’occasion de découvrir la beauté de ce pays que j’adore tant ! Je vous y amène à sa découverte.
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